Notes prises dans l’homélie du Père Nicolas Brouwet,
le 5 octobre 2008 à St-Germain l’Auxerrois
à partir de Isaïe 5, 1-7 (et Matthieu 21, 33-43)…
« Mon ami avait une vigne sur un coteau plantureux »
La communauté est vraiment la vigne du Seigneur, et l’ami, c’est le Seigneur, qui veut le bien de son peuple, lui donner la vie ; s’il plante une vigne, cela signifie deux choses :
- Il veut lui faire porter du fruit,
- Il veut donner au monde, par son Eglise, la joie (vin = signe de joie, de fête).
1) Ce qui est beau sur le coteau plantureux, c’est l’humanité dans laquelle vous vivez, et, en particulier, cette ville de Châtenay qu’il faut regarder avant tout comme une terre riche et grasse, comme une humanité, un monde appelés à être féconds dans le Seigneur, à porter du fruit selon Dieu - une humanité en attente de Dieu, prête à s’ouvrir à Dieu et à recevoir la semence de la Parole – une humanité intéressante, pleine de richesses et de potentialités qui a tant de choses et de belles choses à apporter.
Et, au milieu de cette humanité-là, Dieu met un plan de qualité. Pourquoi de qualité ? parce qu’il y met une communauté de baptisés : le baptême est notre qualité première, notre identité la plus profonde- nous sommes d’abord des fils et filles du Père, revêtus du Christ, habités par l’Esprit Saint ! C’est ce qui nous caractérise, notre richesse est d’abord là !
2) Que fait le Seigneur dans sa vigne ? Trois choses, et cela vous dit ce que fait le prêtre entouré de l’EAP :
a) Il retire les pierres :
- appel à la conversion : pour que le cœur d’un chrétien porte du fruit, il a à faire sur lui-même un travail incessant de purification intérieure, et de combat contre la tentation récurrente de se passer de Dieu ? mission du curé et de l’EAP : comment la communauté va-t-elle pouvoir grandir en sainteté en s’ouvrant toujours davantage à Dieu ? ? à faire alors : proposer le sacrement de réconciliation (dans sa forme individuelle parce que chaque liberté est unique), des récollections, conférences de Carême, journées du pardon, pèlerinage, etc.
- c’est aussi aplanir le chemin qui mène au Seigneur : que va-t-on faire pour l’accueil de celui qui frappe à la porte ? comment va-t-on soigner l’accueil de celui qui vient demander un sacrement ou une aide financière ou une visite à un malade ?
Il y a sans cesse à améliorer la qualité de l’écoute, cela ne signifie pas pour autant que l’on n’ait rien à dire, mais comment va-t-on le dire ? comment va-t-on s’adresser au cœur et à l’intelligence de celui qu’on accueille, qu’on rencontre, qui nous pose des questions ?
3 pierres à retirer, concrètement :
- celle de notre indisponibilité ? exemple : je n’ai pas le temps et je le fais comprendre, sans disponibilité de fond à l’Esprit Saint…
- la pierre de notre paresse intellectuelle : l’intelligence ne travaille pas, on ne veut pas s’adresser à la raison, on ne sait pas rendre compte de sa foi, de la foi de l’Eglise et on reste alors dans l’impression, dans le sentiment, dans son opinion, et on ne renvoie plus alors au Christ mais à soi !
- la pierre de l’ego, du moi qui prend toute la place et qui nous empêche d’accueillir le Christ et aussi de conduire à lui !
Alors, à faire pour le prêtre et l’EAP : intelligence de la foi : catéchèses commentées, etc.
b) Il plante une tour : rôle du veilleur.
La tour permet de prendre de la hauteur tout en se rapprochant du ciel ? une EAP prie pour aller à la source, pour regarder la paroisse avec les yeux de Dieu et sa laisser conduire par l’Esprit.
Le veilleur de l’évangile n’est inquiet de rien, comme dit saint Paul mais il est, en toute circonstance, dans l’action de grâce ! car il sait voir ce qu’il y a de grand et de beau dans la paroisse, il sait voir aussi ce qu’il y a à améliorer, à rectifier, à convertir, à stopper, mais il le fait avec de la distance et en considérant le bien de toute la communauté (« charisme de l’ensemble ») : du haut de sa tour, il sait aussi voir venir et envisager l’avenir !
Alors, à faire pour le curé et l’EAP : prière en commun autour de la Parole + cohésion de la communauté.
c) Il creuse un pressoir, lieu de la transformation du raisin pour qu’il devienne du vin : comment acceptons-nous de nous laisser suffisamment transformer par le Seigneur pour que nos vies soient eucharistie, vies livrées entre les mains de Dieu, vies livrées entre les mains de nos frères ?
On sait que toute transformation est douloureuse, on aimerait tant rester dans notre mesure, dans ce qu’on connaît, dans ce dont on a l’habitude, mais, pour témoigner de la joie du Royaume, de la joie du Christ et être, au milieu du monde, témoin de la vie donnée en abondance par le sang versé, par l’amour offert sans résistance, il nous faut nous laisser modeler par le Seigneur dans l’eucharistie, source et sommet de la vie chrétienne, source et sommet de la communauté paroissiale !
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C’est le dimanche de l’ Exaltation de la Croix. L’Eucharistie est le geste d’action de grâce que Jésus a demandé à ses disciples de faire comme le Mémorial de sa vie, sa mort et de sa résurrection.
A partir de ce soir-là, tout anniversaire des dons reçus de Dieu rejoint le Mémorial donné par Jésus à ses disciples.
Aujourd’hui, en partageant avec moi la joie de célébrer l’anniversaire de mon ordination sacerdotale, il y a 50 ans, je prends dans ce geste eucharistique tous ceux et toutes celles qui ont croisé mon chemin au long de ces années de ministère, tous ceux et toutes celles qui m’ont aidé à accomplir ma mission de prêtre, avec une place toute particulière pour mes frères bénédictins, spécialement le Père Denis Huerre qui était Abbé Général au temps de mon Noviciat et de qui je tiens mon nom « Denis », et puis ma chère communauté de St Germain.
Je rends grâce au Seigneur pour mes amis prêtres avec lesquels j’ai partagé la mission, pour tout ce qu’ils m’ont apporté, pour la confiance qu’ils m’ont accordé et leur affection fraternelle.
Tous ensemble, rendons grâce au Seigneur en priant pour tous ceux qui sont appelés au ministère sacerdotal, pour tous ceux qui contribuent à former les jeunes à être en quête de Dieu, pour les parents qui ont donné leur fils au service de l’Eglise.
Soyons heureux d’être de son corps, et d’aller avec le Christ, jour après jour, vers la plénitude de la vie.
Je voulais également vous remercier pour tous les dons que vous m’avez donnés en cette fête. Françoise Tarche a pu me les remettre en un magnifique cadeau de Fête et c’est avec beaucoup de reconnaissance que je les ai reçus et je garde dans mon cœur chacun de vous.
Les témoignages lus pendant la messe (voir document attaché).
Quelques photos "témoignage" de la fabrication de la crèche.
Les références et le paragraphe de présentation de chaque texte.
Père Arthur, La péniche du Bon Dieu
Paris : Presses de la Renaissance, 2008, 182 p., 16€ (pp 110-117) :
Né en 1938 en Bretagne, Arthur Hervet, religieux assomptionniste, est ordonné prêtre en 1968. Aumônier de lycéens à Lille puis d’étudiants à Paris, il sera aumônier à la prison de la Santé avant de devenir celui de la batellerie à Conflans-Ste-Honorine. C’est à ce moment-là que, de 1989 à 2006, il exerce son ministère sur une péniche, sorte de bateau-église où il habite et reçoit en permanence toutes sortes de gens, dont beaucoup de marginaux et de cabossés par la vie.
Soeur Emmanuelle, Confessions d’une religieuse.
Paris : Flammarion, 2008, 416 p., 20€ (pp 206-208) :
Y-a-t-il encore besoin de présenter cette religieuse dont la mort, cet automne, à quelques jours de ces cent ans, remplit d’émotion la France entière ? Non, certainement pas… Je relèverai donc simplement deux faits frappants dans la vie de Sœur Emmanuelle : sa joie communicative toujours vraie, jamais surfaite, et, aussi, un fait peut-être moins remarqué mais qui peut être propre à encourager bien des personnes âgées : c’est à 62 ans, à l’âge où l’on songe d’ordinaire à la retraite, qu’elle a radicalement changé de vie et s’est engagée à vivre pauvre parmi les plus pauvres du Caire. Ecoutons-la maintenant nous raconter un événement marquant de sa longue existence :
Père René-Luc, Dieu en plein cœur.
Paris : Presses de la Renaissance, 2008, 240 p., 17€ (pp 193-195) :
René-Luc Giran est né en 1966 dans le Midi de la France, de père inconnu, dans une famille disloquée où il connaîtra la violence et la pauvreté. A quatorze ans, par l’intermédiaire d’un prédicateur évangélique, il vit une conversion radicale au Christ, qu’il voudra désormais suivre dans toute sa vie. Entre autres, il sera un des fondateurs au milieu des années 80 d’un des premiers groupes de rock chrétien. En 1994, il est ordonné prêtre à Nîmes. Depuis, il se partage entre un ministère en paroisse, aujourd’hui dans le Tarn, et de l’évangélisation parmi les jeunes. Dans les lignes qui suivent, ils nous raconte avec son humour habituel une rencontre qu’il fit en 1999 comme pèlerin sur la route de St-Jacques de Compostelle.
Henry QUINSON, Moine des Cités -De Wall Street aux Quartiers Nord de Marseille. Bruyères-le-Châtel : Nouvelle Cité, 2008, 224 p., 22€ (pp 199-202) :
Henri Quinson est né en 1961 dans une famille aisée et a grandi aux Etats-Unis et à Paris. Il fait lui-même de brillantes études et devient jeune un financier talentueux gagnant beaucoup d’argent. Mais, cela ne le satisfait pas et, en 1989, il démissionne de son job pour devenir moine cistercien à l’abbaye de Tamié où il passera plusieurs années. Mais, il n’y est pas complètement satisfait et, en 1997, il s’installe dans une cité populaire de Marseille pour partager la vie des gens. Il y fonde une petite communauté religieuse, la Fraternité Saint-Paul, qui ne compte encore aujourd’hui que cinq ou six frères. Leur vie fraternelle est fondée sur sept piliers : célibat évangélique, prière quotidienne, logement en cité HLM, travail à mi-temps, hospitalité, entraide et participation à la vie paroissiale.
Maïti GIRTANNER (avec Guillaume Tabard), « Même les bourreaux ont une âme »
Tours : Editions CLD, 2008, 204 p., 20€ (pp 16-20 et 177-178 ) :
Maïti Girtanner est née en 1922 dans un foyer franco-suisse. Durant la seconde Guerre mondiale, dans la maison de campagne de sa famille située sur la Vienne exactement à la ligne de démarcation, elle fait passer du courrier puis des personnes libre. Profitant de son jeune âge et de sa prétendue naïveté, elle va duper l’occupant allemand pendant plusieurs années. Mais, en octobre 1943, elle est arrêtée, transférée par la Gestapo à Hendaye où elle, durant 4 mois, elle va subir de mauvais traitements. Elle sera délivrée, moribonde, par des Résistants, mais elle gardera toute sa vie des séquelles irrémédiables qui, entre autres, lui interdiront désormais de jouer du piano alors que, très douée, elle aurait sans doute fait une grande carrière de concertiste. En 1984, quarante ans après donc, elle reçoit chez elle un coup de fil très étonnant, celui du médecin allemand responsable de ses tortures. C’est qu’il se sait condamné par un cancer et veut rencontrer son ancienne jeune victime avant de mourir. Bouleversée, Maïti accepte néanmoins de recevoir celui pour qui elle n’a cessé de prier durant des décennies.
Thierry Bizot est un quanrantenaire des Hauts-de-Seine, producteur de télévision, mari et père de famille comblé. Dans son milieu professionnel et amical, les questions religieuses ne sont que rarement abordées et, lorsque cela arrive, au détour d’une conversation, c’est toujours avec une commisération amusée et une critique sans pitié de l’Eglise et du pape. Pourtant, un jour, sans savoir trop pourquoi, il répond positivement à l’invitation d’un professeur de son fils. Et, de fil en aiguille, il va se trouver embarqué chaque semaine dans un groupe de découverte de la foi organisé à Meudon par le Chemin néocatéchuménal. Et, là, sans qu’aucun miracle ou événement extraordinaire ne se soit jamais produit, il ne quittera pas ce groupe dans le même état que celui où il y était arrivé, ayant subi un profond bouleversement intérieur que l’on pourrait appeler une véritable conversion. Un jour, il ose parler de cela avec sa mère.
Edgar Morin, sociologue et philosophe, est directeur de recherche émérite au CNRS.
L'espérance au XXIe siècle
Où va le monde ? Si on cherche une réponse, on va vers le désarroi. Ce désarroi est surdéterminé par un événement, qui s'est produit lentement : l'écroulement du futur garanti.
Le futur c'est le lendemain et le lendemain c'est le commencement de l'incertitude. Va-t-on vers le progrès ou court-on à la catastrophe ? Qui pouvait penser le 10 septembre 2001 que le lendemain, les deux tours du World Trade Center disparaîtraient totalement à New York ?
La mondialisation est une création de la fin des années 80, avant l'effondrement de l'URSS. C'est une étape dans un processus de planétarisation, qui a commencé avec la création des empires chinois et romain, lesquels ont créé un commerce et des relations entre l'Europe et l'Asie. Le phénomène s'est amplifié au XVIe siècle avec la découverte de l'Amérique et la circumnavigation réalisée par Vasco de Gama.
La globalisation s'est produite au XXe siècle avec la pénétration des idées libérales dans les pays qui étaient les plus récalcitrants, comme l'URSS et la Chine, favorisée par un développement prodigieux des télécommunications.
La mondialisation, qui est une occidentalisation du monde, est à la fois une et plurielle, comme l'humanité. Elle a produit une société « Monde », embarquée sur le vaisseau spatial « Terre ». Ce vaisseau est propulsé par quatre « moteurs », qui ont pour nom, la science, la technique, l'économie et le profit. Aucun de ces moteurs n'est régulé. Le vaisseau risque la catastrophe à tout moment, les plus grands périls étant actuellement une crise économique majeure, la destruction nucléaire ou une guerre des civilisations.
Le système « Terre » ne peut pas résoudre ses problèmes vitaux. Il est condamné, à moins qu'il ait la capacité de se métamorphoser, comme dans le monde animal, où la chenille se métamorphose en papillon. C'est le même être mais avec d'autres propriétés.
L'humanité a déjà vécu des séquences de métamorphoses historiques, depuis la plus haute antiquité. Plus près de nous, un des exemples cités, est la défaite des nazis en 1941 devant Moscou. Ils auraient dû l'emporter au printemps suivant, si l'opération Barbarossa avait été déclenchée en mai comme prévu et non pas en juin, parce qu'Hitler avait dû se porter au secours de Mussolini dans les Balkans. Ce mois de retard aura été fatal à la Wehrmacht, arrêtée trop tôt par l'hiver russe et entraînée dans une guerre de tranchées à laquelle elle n'était pas préparée. Contre toute espérance au départ, l'improbable s'est produit : les Alliés ont fini par l'emporter sur le nazisme.
La fenêtre de l'espérance, qui nous faire sortir de la fatalité, reste ouverte. Mais Edgar Morin, qui se décrit comme un « optipessimiste », prend quand même soin de préciser en finale, qu'au XXIe siècle, on ne peut pas séparer l'espérance de la désespérance
Olivier Abel est professeur de philosophie à la Faculté de Théologie protestante de Pariset membre du Comité National d’éthique.
1- Notre Terre est vulnérable.
Le développement mondial est soumis à des contraintes physiques : La limitation des ressources en énergie, en eau, enterres arables, entraîne un déséquilibre écologique et climatique.
Celui-ci à son tour entraîne des crises politiques : injustices, famines, guerres. De plus notre économie et notreorganisation semblent fragiles.
Certains pays ont la tentation de se « sauver tout seuls ». Exemple : Le développement du Nucléaire ou des biocarburants : une fuite en avant technologique. En réduisant les terres vouées à l’alimentation, on risque d’affamer des populations et entraîner des migrations. D’où un autre réflexe : élever des murs. En pillant les dernières ressources on crée une injustice intergénérationnelle
2-Ce n’est qu’un éboulement.
Ces bouleversements peuvent nous conduire à un éboulement, à un effondrement de la forme actuelle de laMondialisation. Une issue serait peut-être vers une « re-localisation », une forme de « dé-croissance ». (demalthusianisme ?).
3- Une conversion éthique est nécessaire, dans la ligne de la pensée de P. Ricoeur. Vis-à-vis de l’idéologie du Progrès, il faut développer la responsabilité, la mesure, la retenue. Apprendre à se poser les bonnes questions avant de vouloir y répondre. Ne pas céder aux idéologies « écologistes » radicales qui voudraient presque supprimer l’Homme. Repenser le développement dans les limites des conditions de finitude. Penser à la frugalité franciscaine… L’Homme ne peut grandir que s’il peut diminuer.
Les religions sont écartelées entre peur et confiance liée à une sorte de perspective panthéiste à la Teilhard de
Chardin*.
Ce qui peut nous pousser à agir : La gratitude. Et pour conclure : « Aimer l’autre : mon survivant ».
* Note du rapporteur : On ne peut réduire à cet aspect la pensée de Teilhard évoquée lors des premières conférences (A. Danzin et G. Ordonnaud). En fait, Teilhard reprend en la précisant la pensée de St. Paul : Si Dieu est présent à ce monde en gestation c’est par l’Incarnation. Il y est présent par son Esprit. Il nous propose de participer à son projet de réconciliation universelle en Christ. L’Evolution en est un signe et un moyen car nous en devenons responsables.